BFM parle des Loups De Guerre !

Du 23 au 25 mars se tient le premier salon du survivalisme, à Paris. Si la pratique se développe, ses adeptes regrettent de pâtir d’une image sulfureuse.
« Survie en milieu hostile et dépassement de soi ». « Combat et survie en montagne ». « L’art ancestral de la navigation naturelle ». « Les gestes de premiers secours en situation de crise ». Si vous vous demandiez comment occuper votre week-end de manière originale, le programme du Salon du Survivalisme est fait par vous. De vendredi à dimanche, les professionnels du secteur ont rendez-vous pour le tout premier salon organisé en France sur le thème de la survie. Car oui, il semble bien qu’il y ait un marché pour ceux qui veulent apprendre à faire du feu sans allumette.

« Se démarquer de l’image américaine du fou-dingue dans son bunker avec ses couteaux »

A l’origine de ce salon, trois anciens élèves d’école de commerce « passionnés par les thèmes de la randonnée, de l’outdoor et du survivalisme », explique Pierre Nicolas, l’un des co-organisateurs. « On veut que les gens se disent ‘Est-ce que j’ai un stock d’eau? Est-ce que je sais la purifier? Est-ce que j’ai un stock de nourriture? Est-ce que je sais en produire? Le survivalisme part du principe qu’en étant plus autonome dans la vie de tous les jours, vous serez moins vulnérable aux catastrophes qui peuvent vous toucher ». Dans les allées du Paris Event Center, vous trouverez donc des fabricants de couteaux de chasse, de capteurs de radioactivité ou de nourriture lyophilisée.

Pour les organisateurs, c’est aussi un moyen de tenter de « dédiaboliser » une tendance qui ne serait plus réservée à des ermites paranoïaques redoutant l’apocalypse nucléaire, une éruption solaire, une invasion extraterrestre ou un débarquement de zombies – ce que Pierre Nicolas appelle « des ruptures de normalité ». « On veut se démarquer de l’image américaine du mouvement: le fou-dingue dans son bunker avec ses couteaux prêt à survivre à la fin du monde. Vous en croiserez peut-être certains, mais la majorité attache plus d’importance à l’autonomie dans la vie de tous les jours ».

 

« Ils en ont marre du métro-boulot-dodo, eux c’est plutôt métro-boulot-apocalypse »

Sur internet, la mouvance peut tout de même souvent dériver vers les théories du complot en tout genre, et être parfois « récupérée par des personnalités comme Alain Soral », remarque Bertrand Vidal, sociologue à l’université Paul-Valéry de Montpellier, spécialiste du survivalisme.

« Le terme a été inventé par un américain libertarien d’extrême-droite. Il y a quelque chose de nauséabond dès l’origine. Mais je ne pense pas que le salon soit organisé par la mouvance la plus extrême, reprend-il. C’est un loisir d’angoissés qui jouent à se faire peur. Ils en ont marre du métro-boulot-dodo, eux c’est plutôt métro-boulot-apocalypse. Dans les années 60, c’était la menace de la guerre nucléaire, maintenant, c’est la catastrophe écologique ».

Les offres de stages de survie pullulent d’ailleurs en ligne, et proposent des week-ends en conditions réelles, parfois en milieu urbain, le plus souvent en forêt ou à la montagne. C’est le cas de « Loups de guerre training », animé par d’anciens militaires, dont l’un participera à « Wild, la course de survie », diffusé sur M6 le 26 mars prochain. Comptez 90 euros pour la formule « bushcraft », qui se propose de vous « apprendre à survivre dans les bois », autour de quatre bases: « faire du feu, construire un abri, filtrer l’eau et fabriquer des armes de chasse et de pêche ». « La survie a le vent en poupe », confirme Pascal Desseine, son président et fondateur. A tel point que son offre est loin de ne s’adresser qu’à quelques illuminés.

« On développe aussi la cohésion de groupe pour les entreprises. On a des cadres de chez Siemens, de la SNCF… En juillet, on a un cabinet d’experts comptables, ils seront 110. Nous on transmet nos connaissances, et les gens veulent sortir un peu de leur zone de confort. Mais on ne veut pas de gens tordus chez nous, donc on veille au grain ».

« Les gens qui ont des panneaux solaires ou des potagers sont des survivalistes qui s’ignorent »

Lancé il y a deux ans par une maison d’édition spécialisé dans l’histoire militaire, le magazine « Survival » (le « guide de survie en milieu hostile ») tente lui aussi de surfer sur la tendance: il sort tous les deux mois à 30.000 exemplaires. Au menu dernier numéro? « Les vertus médicinales du sapin baumier », « la menace des armes biologiques », ou encore « l’échinococcose, une maladie à ne pas négliger ». « Le magazine s’adresse à M. Tout le monde, assure Alban Cambe, auteur principal de la publication. Le survivalisme est un loisir. On s’adresse aux gens qui veulent plus d’autonomie. Les gens qui ont des panneaux solaires ou des potagers sont pour moi des survivalistes qui s’ignorent ». Selon lui, « on n’est pas dans l’attente d’une catastrophe: surfer sur la peur, ce n’est pas le meilleur message à envoyer ».

 

Il faut dire que le mot « survivalisme » en lui-même est un poil angoissant. A tel point que Pierre Nicolas et ses collègues se sont demandés s’il ne fallait pas renoncer à employer le terme pour son salon.

« On avait pensé à ‘Salon de la résilience’ ou ‘Salon de l’autonomie’. Mais pour faire venir les gens, il faut une part d’anxiété, sans qu’elle soit trop poussée. On veut que le grand public se pose des questions. Mais les fous à lier, il faut clairement les mettre de côté ».

De toute façon, ils ont l’air d’avoir les compétences pour se débrouiller tout seul.

Source : BFM